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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 15:00

C’est l’histoire d’un chercheur Belge, politologue, se présentant comme un historien du monde arabe, qui a récemment couvert les événements liés aux « printemps arabes », et qui a eu un avis assez « subversif » sur la question puisqu’il se présentait « anti-interventionniste » et avait un avis que d’aucuns auraient pu considérer comme « pro-Kadhafi » ou « pro-Assad ». Je vous renvois à ses travaux sur son blog http://www.pierrepiccinin.eu.

 

piccinin.jpg

 

Ce chercheur fut assez suivi sur les réseaux sociaux, et on comprend « le succès » puisqu’il avait une opinion indépendante, très décalée de la propagande des médias mainstream.

Récemment il lui est arrivé une mésaventure qui a radicalement influencé son opinion sur la question syrienne (qui n’est déjà pas simple à analyser lorsque l’on est « émotionnellement neutre »). L’intérêt de cet article n’est pas d’ouvrir une polémique. En vérité la pluralité des opinions résulte du fruit des expériences et du sens que l’on accorde aux événements. L’intérêt de celui qui veut se forger un avis est donc de diversifier un maximum ses sources.

 

Nous allons voir maintenant comment est-ce que les médias mainstream font pour appuyer leur propagande. C’est très simple : ils utilisent des faits réels et en font une « vérité officielle » (éludant d’autres faits tout aussi réels), et exaltent cette vérité en y mettant un impact émotionnel. Il n’en faut pas plus.


Ces médias mainstream, et en particulier ces lobbies qui militent pour une intervention en vue d’y installer un régime favorable à ce qu’on appelle les « Forces Occidentales » (c'est-à-dire les Etats-Unis et leurs alliés) – autrement il n’y aurait aucun intérêt objectif d’intervenir bien évidemment – peuvent maintenant grâce à M. Piccinin utiliser un témoignage en or massif !

 

Pierre Piccinin raconte l'horreur des prisons syriennes... et a tout ce qu'il faut pour devenir le BHL Belge en faisant ni plus ni moins la promotion d'une intervention occidentale (avec la même dialectique : « j'ai vu les horreurs », « je suis allé sur place »,... comme nos bien pensants interventionnistes ont vu les horreurs – qui existent sans doute – des dictateurs déchus : Kadhafi, Saddam Hussein,...).

 

En résumé l'OTAN représente nos valeurs occidentales universalistes. « Et ce même si le pays doit sombrer dans la guerre civile : si ce passage difficile est nécessaire, il doit être emprunté » nous dit M. Piccinin. Ben voilà, au moins on est fixé.

Il est clair que « ce passage difficile » l’est beaucoup moins pour un commentateur européen que pour le syrien moyen qui n’aspire qu’à une chose : que toutes ces tensions s'estompent ! Je suis moyennement convaincu qu’un syrien moyen ait forcément envie que la Syrie devienne un Irak 2 ou une Lybie 2. Ce qui donne un peu une idée de ce que M. Piccinin considère comme un « passage difficile et nécessaire ». De loin ça ressemble à de l’arrogance occidentale, de plus près ça ressemble à un homme ému qui dit ce qu’il peut…

Voici les commentaires que je me suis permis de poster sur sa page (remis en forme pour cet article) :

 

Pour commencer je suis ravi que tout ce soit bien terminé.

 

Pour le reste, je résume (ce que j’ai compris) : les services secrets syriens ont pris M. Piccini alors qu’il était avec les rebelles. On va dire que s’ils font bien leur job jusque là c’est « normal », ça fait partie des « risques du métier » effectivement.

 

Par contre où ça bugge (selon moi) c’est de faire des raccourcis rapides du genre :

 

1) Le régime syrien est sans pitié : pas sûr d’apprendre quelque chose, en particulier dans un contexte où le pays est plus que jamais déstabilisé.

 

2) Les rebelles n’ont pas ces pratiques : plus précisément M. Piccinin n’a pas été témoin de ce genre de pratique de la part des rebelles – ce qui ne signifient pas qu’elles existent –, comme il n’était pas témoin des pratiques du régime syrien avant sa récente péripétie, ce qui lui a fait un peu « prendre parti », ou du moins avoir un avis très nuancé en faveur du régime syrien.

 

3) Les rebelles n’ont pas les moyens de renverser le régime : sans blague.

 

4) Une intervention étrangère s’impose : disons celle qui a semé le chaos en Lybie, citons-la après tout), et tant pis si le pays sombre dans la guerre civile… Au nom du plus grand nombre de syriens qui paieraient au prix fort le malheur d’une guerre civile, je trouve indécent de dire cela.

 

Je déteste faire des procès mais l’idée du traumatisme (qui est un processus tout à fait normal, mes circuits neurologiques ont la chance jusqu'à aujourd'hui d’être préservés de ces images, ces scènes, qui doivent naturellement marquer un homme) qui influence l’émotivité intrinsèque à chaque individu est une piste que M. Piccinin lui-même envisage, tout en la refoulant.

 

Je me rends compte de la fragilité d'une opinion (et cela vaut pour chacun parmi nous).

 

Tout d'un coup, le discours d'un BHL qui témoigne des atrocités commises par Kadhafi, Saddam Hussein, les Talibans, (et les autres...) devient bien plus recevable. Peu importe des conséquences désastreuses, mais vive l'interventionnisme ! (au nom de cet Occident qui promeut ces magnifiques valeurs universelles que le monde nous envie !)

Je pense qu’il n’y a rien d’autre à ajouter.

 

said-derouiche


 

Témoignage de M. Piccinin retranscrit intégralement de sa page Facebook :

 

« Bien rentré à Bruxelles. Un peu cabossé, mais ça va.

 

Je remercie tous ceux qui, sur Face Book ou par mail, m’ont apporté leur soutien dans ces moments compliqués et dont je découvre à présent les messages d’amitié, après six jours difficiles passés dans quatre prisons syriennes différentes.

 

Je pense aussi à mes camarades de cellules, qui, eux, sont toujours là-bas.

 

Ce qui s’est réellement passé…

 

Car je lis bien des inepties à mon propos, depuis que je suis rentré, en fin d’après-midi : cet article du journal Le Soir, notamment, est d’une bêtise et d’une méchanceté crasse, non seulement parce qu’il est rempli d’erreurs et de non-sens –la photo, pour commencer, a été prise au Liban, en compagnie des miliciens sunnites anti-Assad-, mais aussi parce que l’on sait très bien de qui vient toute cette boue malsaine –et je précise que, contrairement à d’autres médias qui s’étaient déplacés pour m’accueillir à l’aéroport cette après-midi, Le Soir a publié ce tissus de n’importe quoi sans même m’avoir contacté pour rien vérifier ; je me demande en outre combien de journalistes du Soir ont eu les couilles d’aller sur le terrain, deux fois en Libye, au Yémen, trois fois en Syrie, etc., comme je l'ai fait, moi ; en fait, je connais la réponse : aucun (http://www.lesoir.be/actualite/monde/2012-05-23/pierre-piccinin-libere-et-de-retour-en-belgique-917559.php)...

 

Je rentre épuisé et blessé, et je dois lire cette merde.

 

Les faits :

 

Alors que j’essayais d’établir la cartographie de la rébellion en Syrie (je m’étais déjà rendu dans la région de Zabadani, à Homs, à Tal-Biset, où j’avais rencontré le commandement militaire rebelle, à Rastan et à Hama), j’ai été arrêté le 17 mai par les services de renseignement syrien, devant la ville rebelle de Tal-Kalakh, à la frontière du Nord-Liban, où j’allais également essayer d’entrer dans Qouseir, avant de me rendre à Idlib.

Après quelques heures de cachot, j’ai été transféré au centre des services de renseignement de Homs ; j’y ai été « interrogé sévèrement » : les services secrets syriens étaient persuadés que j’espionnais pour le compte du gouvernement français et que j’assistais la logistique et la coordination de l’Armée syrienne libre.

 

J’ai ensuite été transféré au centre des services de renseignement de Palestine Branch, à Damas (qui avait été l’objet d’un attentat à la bombe quelques jours plutôt). J’ai à nouveau été interrogé, mais plus civilement, cette fois.

 

Lorsque les autorités syriennes ont compris que je ne présentais aucun danger pour elles, j’ai été jeté dans un sous-sol, en vue d’être expulsé.

 

Avec certaines complicités, j’ai pu faire passer un message à l’extérieur ; le Ministère des Affaires étrangères belge a été averti et a immédiatement mis tout en œuvre pour me localiser et me sortir du pays ; et je le remercie pour son extraordinaire efficacité.

 

Je viens de rentrer chez moi, à Bruxelles.

 

Les six jours d’Enfer que j’ai vécus, la nuit durant laquelle j’ai été questionné, à Homs, et, surtout, durant laquelle j’ai vu mes compagnons d’infortune se faire torturer, de manière autrement plus violente que je ne l’ai été moi-même, ont été des moments de souffrances physiques et psychologiques intenses. Néanmoins, je remercie Dieu de m’avoir amené dans ce lieu de douleurs, pour que, maintenant, je puisse témoigner, au nom de tous ceux que j’ai laissés derrière moi.

 

Jusqu’à présent, concernant la Syrie, j’ai toujours défendu les principes du droit westphalien et ceux de la souveraineté nationale et de la non-ingérence. Mais, face à toute l’horreur que j’ai découverte et pour chacun de ces hommes que j’ai vus mutilés atrocement par des barbares au service d’une dictature dont je n’imaginais pas les audaces et le degré de férocité, je me rallie à leur appel pour une intervention militaire en Syrie, qui puisse renverser l’abomination du régime baathiste, et ce même si le pays doit sombrer dans la guerre civile : si ce passage difficile est nécessaire, il doit être emprunté, pour qu’il soit mis un terme à quarante-deux ans de terreur organisée dans des proportions dont je n’avais pas idée.

 

Car, en aucun cas, le système Assad fils ne s’est amandé et ne diffère de celui du père, contrairement à ce que des analyses superficielles laissaient espérer.

 

Certain diront que mon revirement sur ce point précis du dossier syrien procède certainement en partie du traumatisme que j’ai vécu ; mais il est, au-delà de cela, le fait d’une réflexion objective fondée sur la réalité du terrain que j’ai appréhendée cette fois-ci plus qu’auparavant. »

 

Fuck this bloody bastard regime ! »

 


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Published by Génération M - dans Réflexions sur l'actu
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commentaires

Buy Facebook likes 07/03/2015 14:20

My friend mentioned to me your blog, so I thought I’d read it for myself. Very interesting insights, will be back for more!

p 31/05/2012 19:22

Les questions que posent Paul-Eric Blanrue sont très intéressantes. Espérons qu'elles ne resterons pas sans réponse. Pour le reste il y a malentendu si vous pensiez que j'allais dans un autre sens
que votre conclusion. Concernant l'idée que quelqu'un puisse peut-être contracter des liens émotionnels intense dans une situation critique (où un sentiment de survie aurait été menacé), permettez
moi de ne pas avaler votre "NON" sans raisons solides. Point final, je n'ai pas l'intention d'entrer dans une discussion sur la personnalité de Mr Picccinin, puisque mon opinion contre une
ingérence étrangère ne dépend pas du fait que son aventure soit réelle ou irréelle. Et je pense que Blanrue a raison de refuser de prendre part à ce débat en l'absence de réponse détaillée à ces
questions.

p 30/05/2012 15:41

Il y a peut être un autre facteur qui est aussi important que le traumatisme psychologique individuel: sentir une dette intime vis à vis de compagnons de cellules. C'est vrai que c'est étonnant de
voir quelqu'un défendre, au nom d'un ensemble de personnes vus pendant quelques jours, la préférence que le pays sombre dans une guerre civile

Génération M 30/05/2012 17:52



Non. Ce qui est étonnant c’est de voir quelqu’un qui prend position  en faveur d’al Assad (du moins c’est l’image qui a pu être reflétée), qui « joue au
dur » (en posant en kalach) et qui vit une expérience (traumatisante certes) telle que c’est tout le discours qui change et tout le logiciel qui est reformaté jusqu’à ce que nous répéter ce
que BHL nous vend comme idée. Il y en a même qui arrivent à se demander sur M. Piccinin n’est pas un « agent étranger »… Ce n’est pas un procès que je fais mais cela est néanmoins
troublant.

Par ailleurs, Paul-Éric Blanrue a posé toute une série de questions très intéressantes restées sans réponse. Et c’est bien dommage.

Je le cite :
« Quelques questions [de Paul-Éric Blanrue] pour Pierre Piccinin et ses supporters :

1° comment a-t-il fait pour se faire des "camarades de prison" en six jours, étant donné qu'il a, dit-il, changé quatre fois de prison et qu'il a, dit-il, été interrogé de multiples fois et
bastonné ;

2° comment sait-il que ses nouveaux "camarades" lui disent la vérité ? Puisqu'il a réagi publiquement dès son retour en Belgique, il n'a eu aucun moyen de vérifier les dires de ces personnes, qui
ont d'ailleurs de fortes chances d'être des terroristes (on ne voit pas au nom de quoi il n'y aurait que des innocents dans les prisons syriennes). Il les prend néanmoins très au sérieux au point
de se fonder sur leurs allégations pour réclamer une attaque militaire : est-ce bien sérieux ? ;

3° on ne comprend pas davantage comment, en six jours de prison, il aurait subitement pris conscience que le "régime" ne respectait pas ses promesses d'avancer dans la démocratie ;

4° il dit qu'il condamne désormais la Syrie en faisant abstraction de son séjour en prison, or, de facto, il ne parle que de cet événement : pourquoi cette contradiction ? À chacun de se poser -
et de lui poser - ces questions. J'ajoute que je ne prendrai pas part à ce débat tant qu'il n'aura pas répondu lui-même à ces questions de manière détaillée. »

Pour conclure, c'est magnifique d'espérer une guerre civile en Syrie... quand on vit en Belgique !



Vay 24/05/2012 18:43

C'est ça un journaliste ? Un bonhomme qui change completement d'opinion car il se retrouve malencontreusement maltraité car soupconné d'être un agent ennemi ? Eh bah... Reaction par emotion.
Demissionnez, faites autre chose.

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